La vulgarisation culturelle à l'ère d'internet

Numerama, site web dédié à l’informatique et au numérique, propose chaque mois cinq chaînes YouTube « originales, ludiques et passionnantes » depuis mai 2016. Cette mise en avant mensuelle montre qu’il y a une pléthore de chaînes intéressantes sur la plateforme qui méritent d’être connues. Le milieu culturel y est largement discuté, avec des chaînes et vidéos diverses et variées.

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Photo par freestocks.org sur Pexels

YouTube, un nouveau lieu de vulgarisation.

A l’ère d’internet et du numérique, les outils de la vulgarisation ont changé. Notamment avec l’avènement de YouTube en 2006 et des chaînes francophones éducatives dans les années 2010. De nombreuses chaînes ont fleuri ces dernières années autour de la vulgarisation scientifique et culturelle. Les plus connues aujourd’hui, dans le domaine des sciences humaines et sociales, sont Nota Bene (histoire), le Fossoyeur de Films (cinéma), Cyrus North (philosophie), C’est une autre histoire (histoire antique), Linguisticae (linguistique). Plus récemment, la chaîne Muséonaute, consacrée à l’histoire de l’art, s’est lancée en 2016.

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Manon Champier de la chaîne C’est une autre histoire, dans la vidéo « Miracles ! – Tu vois le tableau #12 au MAH de Genève ».

 

Depuis quelques années, ces vidéastes connaissent beaucoup de succès auprès d’un public souvent jeune. Pour donner quelques chiffres, la chaîne le Fossoyeur de Films présentée par François Theurel a 675 062 abonnés. Ses vidéos ont été visionnées 74 459 935 fois depuis son inscription en septembre 2012. Mais c’est encore loin derrière le premier YouTuber français, Cyprien, qui a 11 759 231 abonnés et 1 818 799 696 vues. Internet a développé la vulgarisation, l’a transformée et l’a rendue plus accessible. Et aujourd’hui, quelques institutions commencent à s’y intéresser.

 

Les institutions et la vulgarisation numérique.

Les institutions s’intéressent toujours davantage à la vulgarisation sur YouTube. Depuis un peu plus d’un an, nous pouvons voir sur la chaîne YouTube du Musée du Louvre des collaborations avec ces nouveaux acteurs : Coralie Brillaud (Calidoscope), Benjamin Brillaud (Nota Bene), Patrick Baud (Axolot), François Theurel (le Fossoyeur de Films) et Michael Roch (la Brigade du Livre). Ils ont été invités en 2016 pour une vidéo sur le thème de leur choix et réalisée au sein du musée. En 2017 le musée a reconduit l’expérience avec Cyrus North, Léo Grasset (DirtyBiology), Manon Champier (C’est une autre histoire) et Romain (TeaTime). La chaîne du Musée du Louvre a actuellement 28 339 abonnées et ses vidéos ont été visionnées 1 884 429 fois depuis son inscription en mars 2006.

 

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Le Musée du Louvre. Photo par Edi Nugraha.

 

Ces vidéos ont eu un impact significatif sur la chaîne du musée. La vidéo de Léo Grasset et de Manon Champier, sur la science des mythes mise en ligne le 06 octobre 2017, a récolté 218 042 vues. En parallèle, la chaîne a gagné 2,927 abonnées au mois d’octobre, soit une augmentation de 706.3% par rapport aux autres mois. La vidéo d’après, une conférence sur « La peinture à Dora » a actuellement 1100 vues. La venue de Léo Grasset et Manon Champier a apporté de la visibilité à la chaîne du Louvre dans sa globalité.  

Les vidéos des YouTubeurs se distinguent des autres vidéos de la chaîne par leurs rythmes, leurs tons et leurs approches. Bien que tous ces vidéastes viennent de domaines différents (histoire, cinéma, philosophie, biologie) et aient une identité propre, ils maîtrisent tous les codes de YouTube. Outre ces collaborations, les réalisations du musée changent aussi. En mars dernier le musée s’est lancé, à la suite de ses confrères étrangers, dans la réalisation d’un MOOC (Massive Online Open Course) à travers plusieurs vidéos. Un MOOC est un cours, gratuit ou payant, disponible sur Internet. Cela montre un intérêt de la part des institutions pour l’utilisation des vidéos et de YouTube pour la vulgarisation.

 

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François Theurel dans « Le Louvre au Cinéma » pour la chaîne YouTube du Musée du Louvre.

 

Au-delà d’internet.

L’impact des vidéastes va au-delà de la vidéo et d’internet. De nombreux vidéastes ont écrit des livres de vulgarisation, comme c’est le cas de Benjamin Brillaud (Les pires batailles de l’histoire chez Robert Laffont) et de Léo Grasset (Le coup de la girafe chez Le Seuil, traduit depuis en anglais, espagnol, italien et allemand). Les vidéastes peuvent aussi faire déplacer le public : depuis trois ans Benjamin Brillaud et Coralie Brillaud (de la chaîne Calidoscope) organisent chaque année le festival Les Historiques en partenariat avec la Forteresse de Montbazon. Sur le temps d’un week-end, une vingtaine de vidéastes vulgarisateurs viennent pour animer des conférences et des ateliers autour de leur discipline et de l’histoire. A Avignon c’est le Frames Festival qui, depuis 2016, accueille des vidéastes francophones et propose des tables rondes, conférences, etc.

 

Rédactrice : Aela Tréguier

Correctrice : Marjolaine Pereira