La maison Penanault à Morlaix

crédit photo office de tourisme Morlaix

 

Cette maison très vraisemblablement construite dans la seconde moitié du 16ème siècle,

est un véritable témoin de l’histoire de la ville de Morlaix.

Tout d’abord une tour fortifiée

 

Cette maison très vraisemblablement construite dans la seconde moitié du 16ème siècle,

est un véritable témoin de l’histoire de la ville de Morlaix.

Le nom de son premier propriétaire n’est pas connu. La date du début de sa construction ne l’est pas non plus.

Une information apparaît pourtant de source sûre : 1590 est l’année au cours de laquelle Pierre de  Boiséon, sieur de Coatinisan, y fut emprisonné 4 jours par les ligueurs.  

A l’origine, seule une tour de guet est construite. L’endroit est stratégique car  au sommet de la tour, existe une chambre haute. Un poste de guet y est aménagé avec une cheminée.

On y accède par un escalier rampe sur rampe à volées droites et ce, alors que la plupart des constructions de la même époque ont conservé leur escalier à vis.

De plus, l’escalier est en pierre et le pavillon d’escalier est à faîtage aigu.

Du haut de la tour, il y a une belle vue sur le port car Penanault, la bien-nommée, se situe au bout de la grève. Son nom vient en effet du mot breton, « Penn-an-aod » qui a ce sens.

On peut ainsi, sans être vu, suivre tous les mouvements du port: aujourd’hui, cela ne serait plus possible car depuis 1964, une grande partie de celui-ci a été comblée.

L’eau de ce fait, n’arrive plus jusqu’à la maison: les voitures qui circulent ont désormais remplacé les bateaux.

De plus, cette tour de guet, au moment de sa construction, était fortifiée: à chaque étage, était construit un orifice probablement pour y passer un mousquet. Au-dessus de la porte d’entrée, un oculus accueillait vraisemblablement le fût d’une couleuvrine.

La construction du manoir, avec ses nombreuses ouvertures, ne viendra que plus tard. La façade restera malgré tout austère.  

 

Le contexte économique et historique à Morlaix  

 

Au 16ème siècle, l’économie de Morlaix et de sa région est florissante. En témoignent les enclos

paroissiaux et les maisons à Pondalez, architecture urbaine à pans de bois qu’on ne trouve qu’à Morlaix.

Cette richesse repose principalement sur l’industrie et le commerce des toiles de lin appelées « les crées » du Léon. Ces toiles sont surtout exportées en Angleterre, en Espagne et au Portugal.

Morlaix est alors le troisième port breton après Nantes et Saint-Malo.

Cette prospérité suscite des convoitises. La ville est attaquée, pillée et brûlée par des marins anglais en 1522. L’économie en est affectée et de ce fait, les habitants décident alors de leur propre initiative et à leurs frais de construire le fort du château du Taureau.

Ils veulent à tout prix éviter que ce genre d'événement ne se reproduise.

Ils considèrent en conséquence qu’il faut protéger l’entrée de la baie de Morlaix.

C’est pourquoi, un premier fort est construit en 1542.

Les habitants doivent également supporter les guerres de la Ligue, entre 1578 et 1598 en Bretagne.

A Morlaix, elles provoquent de gros dégâts.

A l’issue de ces guerres, de gros travaux vont devoir être entrepris pour reconstruire, restaurer les fortifications.

L’économie redémarre. La ville, bénéficiant d’une belle démographie, se développe.

Dans la ville close entourée de remparts, la population se sent à l’étroit.

Ceux qui financièrement le peuvent cherchent à résider au plus près du port. C’est aussi plus facile pour faire des affaires.  

Penanault est pour la première fois remaniée. Elle le sera au moins deux fois, de façon conséquente en 1782 et en 1834.

Il s’agit désormais de la rendre habitable pour des personnes fortunées.

 

Les spécificités remarquables du bâtiment:

 

L’influence de la Renaissance française se fait sentir, en particulier sur le décor des façades, portes et lucarnes.

Tout témoigne de la richesse des propriétaires:

- l’usage de la pierre

- le choix de l’association des moellons de schiste et du granit rose (en provenance des îles proches: l’île Grande et l’île Callot),

- sa hauteur, 4 niveaux plus les combles,

- sa surface habitable de 700 m²,

- les 65 fenêtres du bâtiment, dont 24 en façade et 3 portes,

Il existe en effet trois portes: la porte principale plus décorée, les deux autres portes permettant d’accéder aux magasins afin d’y entreposer au frais les marchandises.

- les nombreuses cheminées, particulièrement dans les pièces de réception mais aussi dans toutes les chambres,

- la présence d’une cour de 168m² creusée dans le roc (le schiste dont les carrières étaient nombreuses à Morlaix) avec ses 3 colonnes à l’arrière du bâtiment,

- les jardins de 4000 m² étagés sur 5 terrasses,

- une charpente à chevrons formant fermes dans un état exceptionnel.

Cette maison témoigne certes de la richesse des propriétaires et on ne peut pas nier son caractère ostentatoire : les pilastres, coquilles sur les frontons, le choix de la pierre, la hauteur de la tour, l’escalier.

Mais cela va bien au-delà. En effet, les jardins, vergers fruitiers, la cour, les nombreuses cheminées, les ouvertures permettent de comprendre que les propriétaires successifs ( il y en a eu au moins 10 ) étaient aussi à la recherche d’un certain confort et art de vivre.

En effet, à l’époque, les jardins étaient très rares, particulièrement dans la ville.

Le décor des ouvertures, les cheminées participent dans une certaine mesure à l’affichage de l’opulence mais elles donnent aussi de la lumière, de la chaleur à cette grande maison.

Il en est de même du jardin et particulièrement de la cour: en effet, de l’extérieur, ils ne sont pas vus et de ce fait, pour pouvoir y pénétrer, le visiteur ne peut pas être un inconnu.

L’escalier permet aussi de préserver une certaine intimité: l’entrée dans la salle de réception au premier étage se fait directement par l’escalier, sans passer par des salles qui pourraient être plus privées.

En 2003, la ville de Morlaix a souhaité préserver son patrimoine et a créé une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager. La maison Penanault y a été reconnue comme «bâtiment remarquable.»

«Sont des bâtiments remarquables ceux qui représentent un intérêt exceptionnel par leur qualité architecturale, leur ancienneté, leur morphologie ou la qualité de leurs détails architecturaux, et qui constituent de ce fait un témoignage patrimonial précieux. Ce sont des constructions qui n’ont pas ou peu subi de transformations et sont de ce fait les témoins principaux du patrimoine architectural de Morlaix.»

De ce fait, il est nécessaire de les sauvegarder.

C’est principalement parce qu’elle est en pierre que la maison Penanault a été préservée jusqu’à aujourd’hui. En effet, tout le quartier des Lances a disparu en 1907, de même que le quartier des Halles, qui étaient en bois.

 

 

L’avenir de la maison Penanault

La ville de Morlaix bénéficie d’un centre-ville doté d’un patrimoine très riche: des venelles, des escaliers pentus, 150 maisons à pans de bois et parmi elles les maisons à Pondalez:

Ces 150 maisons, considérées comme bâtiments remarquables, sont aujourd’hui classées.  

Elles reproduisent en ville le confort et le statut noble des manoirs ruraux.  Elles y associent la fonction de boutique.

La richesse générée par le commerce du lin s’est répandue sur tout le territoire environnant.

La constitution du pays de Morlaix, regroupant 61 communes remonte à 1999 et représente une réalité géographique, culturelle et sociale.

En 2002, le «Pôle d’économie du Patrimoine» a été constitué.  

En 2006, le label «Pays d’Art et d’Histoire» a été décerné à l’ensemble du pays de Morlaix.

Depuis 2006 aussi, c’est l’ensemble de la maison Penanault qui est inscrite à l’inventaire des monuments historiques.

Il est vrai que Jean Tanguy dans son atlas historique des villes de France y a décrit la maison Penanault en la désignant d’ «hôtel seigneurial. »


Le label va entraîner des retombées indéniables, notamment en terme d’image et de notoriété.

Dans un premier temps cependant, il a entraîné des obligations: la création d’un CIAP , Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine,

la nécessité d’améliorer les capacités d’accueil de l’Office de Tourisme Intercommunal .

Les propriétaires de la Maison Penanault voulaient vendre : en 2009, Morlaix Communauté l’a achetée afin d’y installer les deux structures.  

La restauration de la Maison a duré trois ans, cinq ans en comptant les études préalables au chantier.

Elle a finalement été ouverte au public en 2014.

Restauration de la façade, rénovation de la couverture, aménagement de tous les locaux intérieurs et des combles, création d'un accès pour les personnes à mobilité réduite, tout est passé entre les mains d'équipes d'artisans, de compagnons et d'architectes spécialisés.

Au total, 21 corps de métiers sont intervenus sous l’œil attentif du Conservateur des Monuments Historiques.

 

        La cour et les colonnes de granit découvertes durant le chantier

                    Crédit photo office de tourisme Morlaix

La galerie ouverte, située sous l'aile en pan-de-bois recouvert d'ardoise, a délivré son secret en cours de chantier: Trois imposantes colonnes en granit ont refait surface.

L'aile en pan-de-bois supportée par ces colonnes, élément architectural rare, a fait l'objet du plus grand soin. Déposée et transportée dans un atelier où elle a été entièrement restaurée, l'aile en pan-de-bois a ensuite été reconstruite à l'identique dans la cour.

Les jardins suspendus offrent de superbes panoramas sur la ville de Morlaix.

Ils abritent une large diversité de végétaux. Néanmoins, aujourd’hui, ils ne sont pas accessibles au public. Il est nécessaire encore d’envisager au préalable la sécurisation des escaliers.

L’occupation actuelle

La demeure abrite désormais l'Office de Tourisme et le Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine (CIAP).

Quatre salles d'exposition, permanentes et temporaires permettent de découvrir le territoire du Pays de Morlaix :  deux expositions temporaires par an affirment la volonté de proposer un programme culturel et artistique varié, qui permet de saisir les moments clefs de l'histoire du territoire. L’exposition permanente présente les patrimoines maritimes, urbains et ruraux du pays de Morlaix.

Des visites guidées de la maison sont organisées.

Tournée également vers le jeune public, la maison Penanault accueille les scolaires dans le cadre d'ateliers pédagogiques, tels que l’atelier enfants « architecture de papier » réalisés en collaboration avec le Pays d'Art et d'Histoire.

Pensée comme un véritable outil de valorisation du patrimoine, la Maison Penanault révèle au public toute la richesse et la diversité du territoire du Pays de Morlaix, entre terre et mer.

Auteure : Michèle Jammet

Correctrices : Maria Martin, Audrey David, Alisson Lemière