Histoire de l’exceptionnelle collection Campana


 

Le 10 avril dernier, l’œuvre « Vénus et Trois Putti » de Sandro Botticelli est arrivée au musée du Petit Palais d’Avignon suite à un dépôt du musée du Louvre. Cette œuvre peinte au XVe siècle à Florence rejoint donc la fameuse collection Campana. Mais quelle est l’histoire de cette collection?

La constitution d’une collection

Giampietro Campana
Le marquis Giampietro Campana est né en 1808 à Rome. En 1831, il intègre le musée du Mont de Piété de Rome et devient quelques années plus tard directeur de l'établissement. Dans l'effervescence des découvertes de l'époque et de son lègue familial, il se passionne d'archéologie et entame dans les années 1830 des fouilles en Etrurie, à Rome et à Ostie. Il y découvre notamment des monnaies, des verres et des vases en terre cuite.

Figure 2 : Portrait de Giampietro Campana
Source : wikipédia

Une vaste collection
Le capital de sa collection progresse avec des statuettes, peintures antiques, bijoux étrusques, tableaux des primitifs italiens et œuvres de la Renaissance. Il les rassemble en créant une sorte de musée dans une villa, près de Saint Jean de Latran. Campana désire faire de cet espace un "musée modèle". Rapidement sa collection est connue partout en Europe. On y trouve des pièces telles que le "Sarcophage des Époux", des vases bucchero ou encore des bijoux d'origines étrusque, grecque et romaine. Ce capital d'œuvres d'art hétérogène mélange divers univers et époques.

Figure 3 : Sarcophage des Epoux, Cerveteri, vers 520-510 av JC
Source : photographie AKG

Le procès du marquis Campana         
Lors de l'acquisition de ce patrimoine, il confond ses propres fonds financiers et ceux du musée du Mont de piété, qui n’étaient autres que ceux de la banque du Vatican. Délibérément, il envisage de vendre des pièces du musée à des pays étrangers afin de récolter des capitaux. En 1857, il est accusé d'avoir mis en gage son musée pour une dette d'un million d'écus romains. Giampietro Campana est alors arrêté et mis en prison le 28 octobre 1857. Son procès se déroule jusqu'au 5 juillet 1858.  Il est condamné à 20 ans de travaux forcés qui se transforment, suite à l'intervention de Napoléon III, en bannissement à vie. Il meurt en 1880.

En avril 1859, l’Etat Pontifical saisit la collection de Campana pour renflouer ses caisses. Le Vatican vend la collection à plusieurs pays européens dont l'Angleterre. En 1860, le musée de South Kensington s'enrichit de sculptures italiennes du XVe et XVIe siècles. La Russie, quant à elle, par l'intermédiaire du musée de l'Ermitage acquiert 787 objets dont des vases de Cumes et de Ruvo. En 1863, la Belgique se dote de 77 vases de la collection pour son musée Royal de Bruxelles. D’autres œuvres restent en Italie.

L'acquisition de la collection par la France
L'achat de la collection

Sous le Second Empire, 2% du budget de l'Etat est destiné au domaine artistique. L'empereur Napoléon III, passionné d'histoire romaine, œuvre dans le sens des musées.

La France est candidate pour l'achat de la collection Campana grâce à l'influence de Jean-Victor Schnetz, directeur de l'Académie de France à Rome. En février 1859, il parle dans une lettre adressée à l'empereur Napoléon III de « l'heureuse influence qu'auraient les arts et même pour l'industrie la vue et l'étude d'aussi beaux modèles». L'art industriel de la France est en effet considéré à l'époque comme le plus performant et créatif depuis l'exposition universelle à Londres en 1851. Toutefois, des intellectuels français estiment que l'on accumule désormais un retard vis-à-vis des autres pays européens et qu'il faut trouver un moyen pour rivaliser face au musée de South Kensington grâce à la collection Campana. Ainsi, le 20 mai 1861, la France achète 11 835 pièces pour une somme de 4 800 000 francs.

Figure 4, P. Blanchard, Façade du pavillon et de l’entrée principale du Palais de l’Industrie
Source : Photographie Brown University

La création d'un musée: le musée Napoléon III
La France acquiert la plus importante quantité de pièces de la collection. Les objets d'abord au Louvre, sont amenés au Palais de l'industrie sur les Champs-Elysées. Le musée Napoléon III y est créé et ouvre ses portes le 1er aout 1862. Il présente les objets de la collection Campana ainsi que des pièces de fouilles de Macédoine ou de Phénicie.

Ce Palais de l'industrie veut être un musée « école » présentant des modèles. Les vases antiques doivent être des références pour l'artisanat et l’industrie. Les bijoux de la collection devaient permettre au monde de l'orfèvrerie de comprendre les techniques passées afin de les reproduire. Pour ce fait, des cartes gratuites sont proposées aux savants, chefs d'entreprise et ouvriers... Dès l'ouverture du musée, la population se presse pour admirer les œuvres.

Désaccord sur le musée Napoléon
Malheureusement, le projet se heurte à des oppositions. En dépit des multiples efforts réalisés pour valoriser cette collection, des lacunes sont visibles dans certaines sections médiévales. Les partisans du musée du Louvre estiment que la collection Campana n'a pas lieu d'être dans un nouveau musée et qu’il existe déjà un musée d'antiquités à Paris, le Louvre. L'ouverture de ce musée est vue comme une concurrence. Le directeur général des musées, le comte de Nieuwerkerke et la princesse Mathilde désirent le morcellement de cette collection afin qu'elle serve réellement la population française. Napoléon III n'a donc pas le choix et dès le mois de juillet 1862, il ferme le musée Napoléon III.

III- La question du devenir des pièces
Le retour des pièces au Louvre

Que faire des pièces du musée Napoléon III ? Le 12 juillet 1862, l’empereur signe un décret pour le retour d'œuvres au Louvre ainsi que la propagation de pièces et de doubles dans les provinces. Pour répondre au décret, une commission présidée par Alfred Emilien de Nieuwerkerke répartit les pièces dans les musées. Le 15 août 1863, une nouvelle inauguration de la collection Campana est organisée, mais cette fois-ci au Louvre. Cette collection ouvre les portes à l'émergence de formations d'archéologie pour les étudiants venus suivre des cours pratiques à travers les diverses salles antiques. Aujourd'hui encore, ces pièces y sont exposées, un espace leur a même été attribué avec la galerie Campana.


Figure 5, La galerie Campana au musée du Louvre
Source : Site du musée du Louvre

La dispersion des œuvres en province         
Dans le respect des idées appliquées depuis la Convention, les collections sont en partie envoyées en province pour favoriser l'apprentissage des Beaux-arts. Parmi les lots, il y a de nombreux objets en plusieurs exemplaires. Des envois sont réalisés en 1863, 1875 ainsi qu'en 1893-1895 par les conservateurs du Louvre. Sur un ensemble de 4500 vases de la collection, 1100 rejoignent les fonds des autres établissements.

La création du musée d'Avignon
C’est à la suite de la Seconde Guerre mondiale que sont envisagés le recensement et le regroupement d'œuvres issues de la collection Campana. N'étant pas inventoriés, il est difficile de localiser de nombreux tableaux. L'action est entreprise en 1953 par l'inspecteur Jean Vergnet-Ruiz à l'occasion de la réorganisation des musées de France.

Figure 6, Petit Palais d’Avignon
Source : Photographie J.P Fizet

Une ville est choisie pour accueillir les toiles des primitifs italiens : Avignon.  Le Petit Palais est restauré dans les années 1961 par l'architecte Jean Sonnier. Le Louvre lui délègue alors 350 tableaux d'origine italienne. Aujourd’hui encore, la collection des primitifs italiens s’y trouve et accueille de nouvelles pièces.

Rédactrice : Manon Bureau      
Correctrices : Laëtitia de Filippis, Laurie Romero, Pauline De Vencay

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir