L’Alhambra, de la dynastie Nasride à la Reconquête catholique

 

Contexte de la ville

Une ville andalouse

L’Alhambra est un ensemble de palais et de jardins se trouvant à Grenade, ville andalouse d’Espagne. Place de rencontres de nombreuses cultures, c’est un lieu important de cohabitation de populations différentes : population juive (quartier Realejo-San Matias), musulmane (Albayzin), chrétienne (centre de la vieille ville) et gitane (Sacromonte).

Plan de la ville de Grenade. Source : guiasgranada.com
Plan de la ville de Grenade. Source : guiasgranada.com

Une ville arabe

Le nom d’origine de la ville de Grenade est Elybirge, avant d’être rebaptisée Illiberis à l’époque romaine. Elle ne se développe réellement qu’après l’installation des Maures dans la région. Son nom actuel viendrait du mot Gharnata qui est un village installé sur l’une des collines avoisinantes.

A la suite de la conquête par les arabes de la péninsule ibérique au VIIIe siècle, Grenade reste la capitale d’un état gouverné par la dynastie Nasride jusqu’en 1492, fin de la Reconquista espagnole par les royaumes catholiques. La ville connait, jusqu’à cette date fatidique, la prospérité grâce à sa bonne entente avec le royaume de Castille et l’arrivée massive mais progressive de réfugiés musulmans : l’agriculture y est très développée, notamment grâce à l’irrigation, à l’instar de son artisanat. C’est sous cette dynastie que la construction du palais démarre, sur la colline de l’Alhambra, et devient le lieu symbolique d’un pouvoir régional.

Suite à la prise de la ville par les chrétiens, les mosquées sont transformées en Eglises et les palais deviennent des couvents. En vue de combattre la splendeur de l’art nasride, riche des influences du Dar-al-Islam, Charles Quint fait construire un palais Renaissance sur l’Alhambra.


L’Alhambra : des palais symboliques

L’Alhambra est composé de plusieurs parties témoignant des différentes époques de l’histoire de la ville de Grenade : l’Alcazaba, les palais berbères, le Generalife et leurs jardins sont le témoignage de huit siècles d’occupation musulmane tandis que le Palais de Charles Quint reflète le réinvestissement de l’Espagne par les chrétiens.

Plan de l'Alhambra. Source : voilier-coquillage.over-blog.net
Plan de l'Alhambra. Source : voilier-coquillage.over-blog.net


La partie arabe

L’Alhambra est l’un des témoins de l’architecture arabe et mauresque les plus importants qui existent aujourd’hui en Europe.


L’Alcazaba

C’est la partie la plus ancienne de la cité. Des vestiges archéologiques montrent que le site était occupé avant l’arrivée des Omeyyades.

L'Alcazaba. Source : Par Ismael zniber — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=24396016
L'Alcazaba. Source : Par Ismael zniber — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=24396016

Citadelle créée au IXe siècle lors de la lutte entre les Arabes et les Muladies, elle est agrandie et modifiée par Muhammad Ier qui y ajoute plusieurs tours défensives. La citadelle possède alors un point de vue imprenable sur la plaine de Grenade et progressivement, ses fortifications sont renforcées. Elle accueille la résidence royale pendant quelques temps. Son architecture est essentiellement destinée à la protection de la cité. C’est sur la tour de la Vela (du guet) qu’en 1492, le drapeau d’Espagne est hissé suite à la chute de Grenade.


Les palais royaux

Ces palais arabes sont des témoignages essentiels de l’Espagne musulmane. Ils sont composés de plusieurs parties.

- Le Mexuar (Mechouar)

Il s’agit de la salle de conseil des sultans nasrides. Centre névralgique de Grenade, le Mechouar faisait partie du premier palais construit par Ismâ’îl Ier. Unique témoignage restant de cette époque, le Mechouar a été préservé des destructions produites par son fils Yusuf Ier. Un siècle plus tard, le Mechouar devient une chapelle. On y retrouve des éléments constitutifs de l’architecture arabe comme les Muqarnas ou les azulejos.

- La cour des Myrtes

Elle possède, en son centre, un long bassin dans lequel se reflète l’édifice et notamment la façade du palais. Ce bassin témoigne des connaissances en irrigation des Arabes qui créèrent un système d’alimentation étudié pour que la surface paraisse lisse, similaire à un miroir. Le nom de « Myrtes » vient des haies placées de part et d’autre du bassin.

La cour des Myrtes. Source : pixabay.com
La cour des Myrtes. Source : pixabay.com

- La cour des Lions

Elle tient son nom de la fontaine centrale : une vasque soutenue par 12 lions. L’esthétique de la fontaine semble anachronique. Les spécialistes, historiens et historiens de l’art, présume que sa confection est largement antérieure à la construction du palais et serait issues d’une autre dynastie berbère musulmane.

La cour des Lions. Source : flickr.com
La cour des Lions. Source : flickr.com

La cour est composée de galeries entourées de colonnes de marbre soutenant des arcs. Des petits canaux creusés dans les pierres permettent à l’eau de circuler.


Le Generalife

Construit vers la moitié du XIIe siècle, le Generalife est le palais d’été des princes nasrides. Bien qu’intégrée à la cité, l’accès à cette demeure princière était formellement interdit aux populations. L’esthétique originelle du lieu demeure mystérieuse, le site ayant évolué au cours des époques. Simple et sobre, son architecture évoque cependant la tranquillité recherchée par les émirs et autres princes qui y résidaient.

El Generalife. Source : pixabay.com
El Generalife. Source : pixabay.com


L’Alhambra catholique

Le palais de Charles Quint

Construit à la suite de la Reconquista gagnée par un l’un des rois chrétiens les plus importants de son temps, Charles Quint, une partie du palais d’origine a été détruite même si la majorité a été conservée. Sa construction commence en 1526, d’après les plans de Pedro Machuca. Le style de ce bâtiment, maniériste, est un mode architectural provenant de la péninsule d’Italie. Cependant, les travaux n’ont jamais été terminés à cette époque, laissant le bâtiment sans toiture et donc sujet aux intempéries. Il n’est terminé qu’en 1925.

A l’extérieur, le bâtiment est de style toscan et renaissance. La cour intérieure est de forme circulaire. Ce palais est représentatif du style renaissance de l’époque : réaliser une architecture avec un cercle dans un carré est un moyen de symboliser la totalité parfaite.

Palais de Charles Quint. Source : By Ra-smit - Own work, GFDL, commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3149886

Palais de Charles Quint. Source : By Ra-smit - Own work, GFDL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3149886


L’église Sainte Marie

La Grande Mosquée de l’Alhambra devient sous Charles Quint une église, l’Eglise Sainte-Marie. Bien qu’elle ne soit pas un témoin majeur de l’architecture religieuse de l’époque, elle est le symbole de la volonté de remplacer l’influence coranique dans la région par celle de la Bible.


L’Alhambra verte : typiques jardins islamiques

Les jardins sont des éléments très importants du site. D’inspiration assyrienne, fatimide et persane, l’eau y est un élément fondamental, symbole coranique en tant que source de vie.

Certains jardins sont cloisonnés par des haies d’épineux et des murs munis de moucharabiehs, permettant de contrôler le vent. L’eau, élément architectural primordial, est l’objet d’un véritable culte et l’irrigation des jardins est un véritable chef-d’œuvre technique.


Si vous souhaitez en savoir plus sur ce site exceptionnel qu’est l’Alhambra, d’un point de vue historique et architectural, voici un article sur le site en tant que patrimoine.

Concernant l’histoire de ce dernier dans son territoire, il vous est possible de consulter l’ouvrage suivant présentant la région andalouse pendant l’occupation musulmane du VIIIème au XVème siècle.

Rédactrice : Maria Martin
Correctrices : Julie, Lauren et Juliette

L’Alhambra, de la dynastie Nasride à la Reconquête catholique

 

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